J'avais 24 ans la première fois que j'ai simulé. Avec Matthieu, mon premier copain sérieux, un garçon attentionné qui faisait de son mieux et qui tenait visiblement à ce que "ça se passe bien" pour moi.

Je n'ai pas simulé parce qu'il était mauvais. J'ai simulé parce que je ne savais pas comment dire que ça ne marchait pas. Parce que je n'avais pas les mots. Parce que le silence après "tu as joui ?" m'a semblé plus dangereux que le mensonge.

Ce premier mensonge en a appelé un deuxième. Puis un troisième. Jusqu'à ce que la simulation devienne le script par défaut de ma vie sexuelle.

Six ans. Trois partenaires différents. Des dizaines de performances que j'évaluais mentalement pendant qu'elles se déroulaient. Trop tôt, trop vite, trop peu convaincant, recommence. Un niveau de dissociation que je n'ai compris que bien plus tard, en formation de sexologie.


Pourquoi on simule

Je pose la question à mes patientes depuis des années. Les réponses se regroupent en quelques catégories que vous reconnaîtrez peut-être.

Pour protéger l'ego de l'autre. C'est la plus courante. On sent que son partenaire a besoin de se sentir "à la hauteur". On ne veut pas le blesser. On simule par gentillesse — ou par ce qu'on croit être de la gentillesse.

Par impatience. On veut que ça se termine. Pas parce que c'est terrible, mais parce qu'on est fatiguée, parce que ça dure, parce qu'on a autre chose en tête. La simulation est une porte de sortie.

Par honte de son propre corps. On croit que "prendre trop de temps" ou "être difficile" est un défaut personnel. On simule pour ne pas avoir à assumer ce qu'on perçoit comme un problème.

Par habitude. On a commencé, et maintenant on ne sait plus comment arrêter sans avoir l'air d'avoir menti pendant des mois — ce qui, techniquement, est le cas.

Par manque de langage. On ne sait simplement pas comment dire "ça ne fonctionne pas comme ça pour moi" sans que ça sonne comme une accusation.


Le problème avec la simulation

Je vais être directe, parce que c'est mon travail de l'être : la simulation est un système qui se nourrit de lui-même et qui ne profite à personne.

Elle prive votre partenaire d'une information précieuse. Il ou elle ne peut pas s'améliorer avec un feedback faussé. Il ou elle croit que ce qu'il fait fonctionne. Il continuera donc à le faire.

Elle vous prive de plaisir réel. Chaque performance vous éloigne un peu plus de la possibilité d'en obtenir un.

Elle crée une dette émotionnelle. Plus ça dure, plus le "aveu" hypothétique devient énorme dans votre tête. Le mensonge grossit à chaque répétition.

Elle vous dissocie de votre propre corps. À force de jouer un rôle, on perd le fil de ce qu'on ressent réellement. Certaines de mes patientes me disent ne plus savoir distinguer une vraie excitation d'une excitation jouée. C'est le signal d'alarme le plus sérieux.


Ce qui m'a fait arrêter

À 30 ans, j'étais en deuxième année de formation en sexologie. On étudiait les mécanismes de l'anorgasmie secondaire — l'orgasme qu'on avait et qu'on n'a plus. La psychologue qui supervisait notre groupe nous a demandé de réfléchir à nos propres "stratégies d'évitement du plaisir".

J'ai passé trois heures à écrire dans mon carnet.

Ce n'était pas une révélation dramatique. C'était plutôt une évidence tranquille, presque ennuyeuse : j'ai passé six ans à mentir, et ça ne m'a rien apporté.

À l'époque j'étais avec Julien depuis un an. Une relation adulte, stable, avec un homme que j'aimais et qui m'aimait. Et je simulais encore, par automatisme, par peur de briser quelque chose.

Le soir même, je lui ai dit.


Comment j'ai eu cette conversation

Je ne vous recommande pas d'arriver au dîner et d'annoncer "au fait, j'ai simulé pendant un an." Ce n'est pas ce que j'ai fait.

Ce que j'ai dit, c'est : "J'ai envie qu'on explore différemment. J'ai l'impression qu'on a des habitudes qui se sont installées et j'aimerais qu'on essaie d'autres choses."

Pas d'accusation. Pas de confession catastrophique. Une invitation à recommencer, ensemble, avec plus de curiosité et moins de script.

Sa réaction a été de la curiosité, pas de la blessure. Il a demandé des détails. On en a parlé, maladroitement, avec des silences et quelques rires nerveux.

Les semaines suivantes ont été les meilleures de notre vie sexuelle commune.


Ce que j'ai appris en arrêtant

L'honnêteté sexuelle est un acte d'amour. Pas une critique, pas une attaque. Dire ce qui ne fonctionne pas, c'est dire à l'autre : je t'accorde assez de confiance pour être vraie avec toi.

Les partenaires attentifs veulent savoir. La plupart des hommes et des femmes que j'ai interrogés dans le cadre de mes recherches disent préférer savoir la vérité plutôt que de croire à un plaisir fictif. La blessure d'ego initiale est réelle mais temporaire. L'amélioration qui suit peut être durable.

La communication sexuelle s'apprend. On n'est pas naturellement doué pour parler de sexe. C'est une compétence, comme les autres. Elle s'acquiert avec de la pratique, des mots simples, et la permission d'être imparfait dans l'exercice.

Le plaisir réel, même partiel, vaut mieux que le plaisir parfait simulé. Une excitation authentique sans orgasme est infiniment plus intéressante qu'une performance convaincante. Elle contient de l'information. Elle peut évoluer. Elle est réelle.


Si vous voulez arrêter de simuler

Pas besoin d'une grande confession. Voici des entrées plus douces dans l'honnêteté :

Commencez par vous. Explorez seule pour comprendre ce qui fonctionne pour vous. On ne peut pas guider quelqu'un vers une destination qu'on ne connaît pas soi-même.

Introduisez des retours positifs plutôt que des corrections. Plutôt que "ça ne marche pas comme ça", essayez "j'adore quand tu fais ça" dès que quelque chose vous plaît vraiment. Orientez vers le bien plutôt que corriger le mal.

Utilisez le guidage physique. Les mains sont souvent plus précises que les mots, et moins chargées émotionnellement.

Donnez-vous la permission de prendre du temps. Dites-le à voix haute si nécessaire : "j'ai besoin qu'on prenne plus de temps." Ce n'est pas une demande déraisonnable. C'est une information anatomique.

Consultez si vous êtes bloquée. Si la simulation dure depuis longtemps et que vous ne voyez pas comment sortir du cycle seule, une ou deux séances avec un(e) sexologue peuvent suffire à dénouer ce qui s'est noué.


Je n'ai pas arrêté de simuler en une nuit. Il y a eu des rechutes, des moments où l'automatisme a repris le dessus avant que je m'en rende compte. La différence, c'est que j'avais décidé que ça valait la peine d'essayer autrement.

C'est tout ce qu'il faut, au début. Décider que ça vaut la peine.